Les Paquis, jardins d'ailleurs

C'est ici mais c'est ailleurs parce qu'ici, aux Paquis, le temps avance raisonnablement, simplement suspendu aux saisons. Sécheresses, inondations, gelées, grêle, canicules ou pluies incessantes, le jardinier est chahuté au quotidien. Il lutte, sans jamais être sûr de l'emporter, contre l'exubérance et les frasques du climat, un ennemi qui est aussi son meilleur allié, tant qu'il s'écoule sagement dans son lit saisonnier. Ici chaque jardinier sait ce qu'il faut planter, quand et comment. Il a surtout appris comment protéger son jardin d'une foule de prédateurs affamés, foule plus ou moins poilue, visqueuse, ailée mais toujours, pour diverses raisons, venue d'ailleurs...

C'est ailleurs mais c'est ici car, aux Paquis, les jardiniers conservent leurs relations d'ici souvent enviables mais parfois...comment dire? Ainsi vieilles amitiés entre gens d'ailleurs et d'ici, solidarité, partage d'expériences lié à la diversité culturelle des origines, tristesse lorsque l'un d'entre eux rejoint d'autres edens, après parfois plus de cinquante années de bons et loyaux jardinages, côtoient ici et là moqueries, mesquineries, jalousies ou xénophobie en réaction aux vols fréquents dans les jardins, ceux d'ici accusant ceux d'ailleurs...

C'est ici mais c'est ailleurs parce que les Paquis, blottis entre la Moselle et la zone industrielle de Neuves-Maisons, sont une parenthèse à l'urbanisation galopante du coin. Ici, dans ces îlots de verdure, chacun cultive avant tout son jardin d'ailleurs...


18éme Biennale de l'image de Nancy - 3mai-18 mai 2014